01 octobre 2008

Pluie d'octobre

Pluie d’octobre, qui ne parvient pas à effacer ce que la fin de septembre a laissé dans son sillage cette année. Tout fout l’camp, les gens comme la mémoire. Je maudis le sort d’en avoir si peu. Après Charlton Heston en avril, c’est au tour d’un autre monstre sacré du cinéma de nous quitter : Paul Newman. Ils faisaient tous les deux partie de cette catégorie de gens qu’on croit éternels et qui ne le sont pas plus que nous. Le cancer, décidément, n’épargne personne. Le dernier samedi de septembre, comme chaque année, avait lieu le traditionnel méchoui, qui fêtait d'ailleurs ses quinze ans. L'organisation a changé de mains et il y avait moins de monde parce qu’il y a eu des petits couacs au niveau des invitations. Beaucoup de gens sont partis tôt et les tables derrière nous étaient vides, Monsieur L tout seul à la sienne. Monsieur L s’est occupé de faire tourner le mouton sur la broche pendant dix ans, sa femme servait au buffet, des gens extra. Ils s’étaient investis dans l’unité scoute que leurs deux fils fréquentaient, c’est là que nous les avons connus, mon frère et moi. Ce samedi-là, Monsieur M, qui était à la tête de l’organisation des quatorze méchouis précédents, et mon père sont allés lui parler un petit peu. Monsieur M est parti voir d’autres personnes, laissant Monsieur L et mon père discuter, puis, mon père est revenu, laissant de nouveau Monsieur L seul à sa table. Mon père nous a alors appris que Madame L avait eu une maladie cardiaque, qu’elle avait été hospitalisée et qu’elle avait attrapé une bactérie qui lui a été fatale. J’ai alors dit à mon père d’inviter Monsieur L à se joindre à nous. J’ai rarement vu un homme aussi triste, lui qui était la joie de vivre incarnée. Il nous a raconté qu’il avait eu une crise cardiaque avec quadruple pontage et que sa femme aussi avait des problèmes de coeur, ce qui les a contraints à stopper certaines de leurs activités et ce que mon père nous avait déjà dit. Il nous a aussi dit qu’il avait des amis français qui ne savaient pas ce que c’était qu’une unité scoute et qu’il leur avait montré les cassettes de ce que sa femme avait filmé du temps où l’unité n’avait pas encore été dissoute. Il a dit qu’on m’y voyait, avec mon sac au dos, dans la neige, pour un hike. Je ne me rappelais pas du tout d’être partie en hike dans la neige. Ce n’est que le lendemain que je me suis souvenue qu’on avait fait un hike près d’un lac en Allemagne et qu’il y avait de la neige, même qu’on n’avait pas trouvé le chalet dans lequel on devait passer la nuit et qu’on avait bivouaqué comme on pouvait. Vers minuit et demi, ma mère étant allée au bout de ses forces, nous sommes partis, laissant Monsieur L seul de nouveau. Je ne sais pas ce qu’il a fait par la suite, mais je sais qu’il a apprécié qu’on ne le laisse pas seul toute la soirée. Je ne saurais dire à quel point le malheur qui a frappé cet homme m’a touchée. Depuis, la seule chanson que j’écoute c’est Le manque à donner de David Hallyday. Voici la version que j’ai trouvée sur la toile,  uniquement au piano (comme celle que j'écoute car il existe une version avec plusieurs instruments) :

12:04 Écrit par Kardream | Commentaires (1)

Commentaires

Je connais le dévouement des personnes impliquées dans des associations ....... Je sais aussi que ce sont toujours les mêmes personnes [i]"sur le pont"[/i], je sais aussi que ces personnes n'attendent rien en retour si ce n'est le plaisir de voir les enfants heureux. Monsieur L le sait aussi.

Écrit par : Pascale | 12 octobre 2008

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